" A propos du contro^le social " A l'heure actuelle le capitalisme, de'sormais "de'complexe'", est plus impitoyable que jamais. Dans sa logique jusqu'au-boutiste d'exploiter jusqu'a` l'asse`chement et la destruction tout ce sur quoi il jette son de'volu (l'homme, les ressources, ), il use et abuse de son pouvoir d'influence. Dans un univers ou tout s'ache`te et tout se vend, ce pouvoir d'influence s'apparente pluto^t a` du pouvoir de corruption. Traduit directement en pouvoir politique, celui-ci rame`ne et re'duit l'Etat a` ce qui est sa fonction essentielle : un outil policier, mai^tre-casseur en matie`re sociale. Je n'ai pas besoin de m'e'tendre sur les effets du capitalisme pour les populations, car vous les connaissez. Ne'fastes. Cela passe par la pre'carite', les ine'galite's, les restrictions de toutes sortes, entrai^nant mise`re sociale, conflits, de'che'ances physique, psychique et morale. Et si, aujourd'hui, il y a un peu partout des remous sociaux, certes largement corporatistes, les capacite's potentielles d'action, d'organisation, et de solidarite' dont ont de'ja` su faire preuve par le passe' les populations, repre'sentent un ve'ritable danger pour le pouvoir et ceux qu'il prote`ge. Le capital ne peut y faire face qu'a` travers un e'tat-policier et la cre'ation d'un climat social favorisant divisions et conflits. Pour e'viter d'e^tre freine', de'stabilise', voire de'truit a` un moment ou` les classes dirigeantes sont plus de'chai^ne'es et plus voraces que jamais, l'e'tat met en place une re'pression policie`re que beaucoup auraient cru re'volue. Faite d'intimidation, de provocation, de violence physique et d'arrestations, cette re'pression s'accompagne de la mise en place progressive d'un certain nombre de moyens en amont de ces me'thodes. Cette re'pression - avec ses me'thodes - et ces moyens servent a` assurer le contro^le social dont les efforts portent sur le nous faire accepter des re`gles du jeu absurdes et impose'es, comme naturelles : "Que ces re`gles soient accepte'es comme des e'vidences, amen !" Bien su^r, la propagande omnipre'sente dans les diffe'rents me'dias, se fait le relais et l'e'cho de l'ide'ologie du "chacun pour soi" et du profit a` n'importe quel prix. L'objectif est toujours le me^me : tout en voulant sauvegarder une apparence de de'mocratie, le climat ambiant vise d'une part, a` isoler les gens et a` les diviser pour les opposer (par exemple, par le corporatisme). D'un autre co^te', le retour en gra^ce de l'autoritarisme (a` la maison, a` l'e'cole ou ailleurs) est une tendance tre`s actuelle (accompagne'e par les me'dias, les paroles d'experts, et autres spe'cialistes complices) qui pre'tend cerner l'individu pour lui faire accepter la soumission de`s le plus jeune a^ge. Ce formatage est destine' a` faciliter le contro^le social, afin que lorsqu'un individu s'e'carte de la ligne impose'e, il e'prouve malgre' lui le sentiment de commettre une faute. Un individu qui se sent "coupable" est isole' avec le poids de sa faute. La culpabilisation, qui a e'te' abondamment utilise'e par l'e'glise catholique, permet de cre'er de faux coupables. D'ailleurs, les prisons sont pleines de faux coupables et de vraies victimes sociales. Souvenez-vous, il y a quelques anne'es : le discours favori du F.N, repris depuis lors par beaucoup d'autres, qui "de'nonc,ait l'inse'curite'" grandissante subie par les honne^tes gensss" ; suscitant ainsi le sentiment d'inse'curite'. Contro^le et infantilisation Aujourd'hui, les dignes successeurs du F.N. ont de'cide', pour contrer les effets perturbateurs des proble`mes sociaux, de jouer le tout-se'curitaire. Et l'accentuation du contro^le social y tient toute sa place. Le de'veloppement a` outrance de la technologie qui offre une large gamme de choix futiles, avec son syste`me "mode-moderne" et un renouvellement incessant du tout-gadget, cultive et entretient un esprit infantile, c'est-a`- dire irresponsable. D'autre part, cette "liberte'" de choix, ce "changement" permanent, veut donner l'illusion de liberte' tout en nous privant de nos liberte's fondamentales, celles d'une vraie autonomie, personnelle et sociale. Cette illusion de liberte' permet d'occulter ou de de'tourner notre attention des vraies ine'galite's et des vraies injustices qui en de'coulent, tout en les banalisant. Le combat factice du "pouvoir d'achat" est dans la droite ligne de ces illusions car il se re'sume a` vouloir gagner plus sans s'occuper des causes re'elles. Je ne nie pas, ici, les le'gitimes besoins de la population qui est accule'e a` toujours plus de restrictions, ni les exigences des laisser- pour-solde-de-tout-compte qui luttent pour une vie de'cente et pas seulement pour un peu plus de "pouvoir d'achat". La re'cupe'ration qui s'illustre par la chime`re e'lectorale et partisane, ainsi que le syndicalisme institutionnel sont d'excellents moyens pour diviser et mettre en concurrence les individus. Ceux-ci, de'posse'de's de leur autonomie, et donc de la lutte, en sont re'duits au "statut social" de supporters. Ce qui n'est pas sans rappeler les grands e've'nements me'diatico-sportifs, abrutissement supre^me de la ple`be, s'il en est : Pendant ces "grands e've'nements", tout le monde est rendu inquiet de l'e'tat de sante' des joueurs de l'e'quipe nationale, du choix et de la tactique de l'entrai^neur. Et pendant ce temps ? "Le ba^teau coule normalement" et dans la plus grande indiffe'rence. Re'glements, lois et autres tabous Dans le me^me axe, le pie`ge identitaire, plus que jamais a` l'ordre du jour, est lui aussi rentre' dans les moeurs, aide' en cela par le pouvoir avec, par exemple, son ministe`re de l'identite' nationale. Paralle`lement, les communautarismes de toutes sortes, y compris religieux, sont ainsi pre'sente's comme des droits et des liberte's mis en danger. Teinte's d'un orgueil malsain et cultive's au niveau corporatiste, ces "pie`ges a` cons" sont d'excellents vecteurs pour une haine de substitution. Elle permet de faire canaliser aux gens pris dans cet engrenage leurs frustrations et leur mal de vivre dans un sens re'ducteur. Quelle que soit la direction qu'on prenne, le contro^le social se fait sentir, soit par un re`glement, soit par une loi, voire un tabou, avec un net retour de la superstition. La superstition d'aujourd'hui, re'flexe toujours irrationnel, n'a plus ce caracte`re religieux qu'on lui connaissait autrefois, mais le fait de conside'rer des normes comme immuables et fatales, d'assimiler leur transgression a` une sorte de male'diction, s'assimile bien a` de la superstition. Dans un e'tat qui puise rigoureusement son inspiration dans l'ide'ologie d'extre^me-droite, le mot droit est mis a` toutes les sauces et on nous "vend" l'e'tat de droit, ou pluto^t, l'e'tat d'extre^me-droits (quel humour, n'est-ce pas ?), comme le meilleur de la civilisation et de l'efficacite'. Le recours aux nouvelles technologies de flicage comme la te'le'surveillance publique, la biome'trie, les puces informatiques , et autres mouchards participe aussi du contro^le social. Traiter avec des machines nous impose de nous conduire comme des machines, des "robots" sans re'flexion et re'signe's. Le facteur humain n'a plus sa place et devient me^me une faute. Excusez-moi d'avoir eu un brin d'humanite' Sur ce sujet, je citerai une phrase de Raymond Domenech, l'entrai^neur de foot, pendant l'Euro 2008 de foot : "Excusez-moi d'avoir eu un brin d'humanite' a` un moment ou` j'aurais du^ rester froid et professionnel." Bien qu'il s'agisse de de'cisions dans un sport, ce discours est re've'lateur de l'e'tat d'esprit qui pre'domine, en de'valorisant purement et simplement le facteur humain lorsqu'il faut prendre des de'cisions. - "froid et professionnel ", voila` le mai^tre-mot : professionnel. C'est cense' balayer naturellement tout le reste. Ce langage frelate' en dit long sur la de'sorientation et la confusion dans lesquelles nous entrai^ne et nous maintient le contro^le social pour nous rendre dociles et indolents. Le contro^le social, ce n'est pas seulement le maintien de l'ordre, avec coup de matraques et autres, c'est, aussi et surtout, un endoctrinement. D'ailleurs, dans "contro^le social", il y a deux mots : contro^le, et, social. Le contro^le est ve'rification, mai^trise, inspection, surveillance et suppose d'e^tre a` l'affu^t (comme un relent de police, non ?), mais n'est en aucun cas possession. Le social est collectivite' humaine, interaction et rapports des individus entre eux, avec les groupes, et entre groupes d'individus. Le contro^le social vise a` "tenir" l'individu dans le ro^le qui lui est impose'. Le contro^le implique, donc, l'absence de liberte'. Faute de pouvoir totalement de'truire ou s'approprier la pense'e de chacun d'entre nous, le pouvoir travaille sans rela^che a` l'alie'nation de notre esprit critique qui est a` l'origine de toute re'flexion. C'est pourquoi tout l'effort du contro^le social porte la`-dessus : couper l'individu de sa propre nature et de son "pouvoir" de remettre en question, de remettre en cause, de re'fle'chir et de se forger sa propre opinion ; en fin de compte, le pouvoir d'e^tre libre. C'est pourquoi, le contro^le social nous interdit de recourir a` notre capacite' a` dire NON, et par la`, a` notre capacite' a` intervenir. A mon sens, la liberte' commence ici, par cette capacite' a` dire NON et par le courage de refuser. En refusant, on se tourne, force'ment, vers autre chose et su^rement vers les autres. En d'autres mots, la nature de l'homme, avec ses besoins d'expression- communication et de sociabilite', instincts de l'espe`ce, est "quelque chose" de malle'able et de fac,onnable. Un e^tre humain traite' humainement (c'est-a`-dire comme tel) e'panouira toujours son potentiel car il prendra confiance dans son jugement au fur et a` mesure qu'il prendra de l'assurance. Mais, le fac,onnage d'aujourd'hui prend les allures d'un be'tonnage qui le fige dans un immobilisme alie'nant. C'est l'homme aux normes, l'homme normalise' avec ne'vroses et angoisses, condamne' a` vivre dans le fantasme, c'est-a`-dire en dehors de la re'alite'. Incapable de comprendre cette re'alite', ou` il est sans cesse manipule', il est l'homme de la compre'hension morte, incapable, a priori, de faire, autre chose que ce pourquoi il a e'te' programme'. En conclusion, je dirais, simplement, que le contro^le social est l'anti- the`se de la re'volution sociale mais peut-e^tre aurais-je du^ commencer par la` ? Et vous, qu'en pensez-vous ? F ==================================== Extrait de Anarchosyndicalisme ! #107 Disponible en ligne ici : http://www.cntaittoulouse.lautre.net/rubrique.php3?id_rubrique=80 Version papier envoye'e sur simple demande a` CNT AIT 7 rue St Re'me'sy 31000 TOULOUSE ==================================== Forum : http://cnt.ait.caen.free.fr/forum _______________________________________________ Actualite' de l'Anarcho-syndicalisme http://liste.cnt-ait.info http://cnt-ait.info Contact@cnt-ait.info Reproduction, diffusion et traductions encourage'es vendredi 03 octobre 2008 17:01:44 +0000