
TOUTE LUTTE N'EST PAS EMANCIPATRICE !

Le proble`me n'est pas l'action propre d'une corporation mais l'ide'ologie
qui la motive. Cela vaut pour toutes les franges de la socie'te' (jeunes,
immigre's, banlieusards, salarie's, etc.). Cette pre'sente et e'nie`me crise
cyclique du capitalisme se conjugue entre l'offre et la demande de
l'e'conomie de marche', le pouvoir d'achat (le revenu et le prix de la
marchandise), l'e'conomie concurrentielle (plusieurs producteurs
concurrents), la concentration capitaliste (oligopole) et le mieux
produisant (division internationale du travail). Tout cela est plus ou
moins re'gule' par la main invisible du marche'. Si on ajoute des effets
conjoncturels comme le prix du salaire et des matie`res premie`res ou
ouvre'es, les bilans comptables de certains patrons risquent d'aboutir au
de'po^t de bilan.

Coince's dans le cadre de marche's territoriaux (la France et l'Europe),
ceux-ci ne peuvent ni de'localiser ni exporter. Afin de maintenir ou
d'augmenter leurs marges d'exploitation qui de'terminent le be'ne'fice et par
la` me^me le revenu, ils raisonnent comme tous les capitalistes. Ils font
pression sur les politiques pour que l'Etat et autres de'cideurs concerne's
(re'gions et Europe) leurs garantissent des moyens particuliers : aides,
de'fiscalisations, diminutions des cou^ts salariaux et de certaines
marchandises, protectionnismes (sanitaire, douane, cadre juridique) ou en
favorisant l'acce`s a` des marche's.

Paralle`lement, ils de'gradent la condition ge'ne'rale du salariat :
de'fiscalisation des heures supple'mentaires et rejet des 35 heures,
modification du cadre des retraites Telle est la logique structurelle du
capitalisme : exploiter les prole'taires afin de de'gager la plus-value,
e^tre concurrentiel ou disparai^tre. Quelles que soient leurs opinions et
vise'es sur le salariat, les petits patrons n'e'chappent pas a` la re`gle. Si
l'e'conomie capitaliste peut offrir des variantes, les patrons ne sont pas
ne'cessairement les proprie'taires en tout ou partie des entite's
e'conomiques.

La grande majorite' des petits et moyens patrons restent cependant dans la
position classique du capitaliste ; ils sont proprie'taires de leur outil
de travail et de'pendent de la bonne sante' de leurs entreprises pour leurs
revenus. Dans le passe', la paupe'risation et la prole'tarisation de petits
capitalistes ont de'ja` existe'. Nombreux furent les paysans, les commerc,ants
et les artisans qui ont fini salarie's de leurs ex-confre`res, concurrents
ou clients. Dans l'ensemble, leur adhe'sion a` l'ide'ologie bourgeoise les
rendait compatibles a` constituer l'encadrement, la mai^trise et la petite
chefferie des entite's qui les salariaient. Leur anti-syndicalisme ouvrier
e'tait affiche' et bien perc,u par la bourgeoisie. Quelques uns d'entre eux
et de leurs descendants s'assimileront dans le mouvement ouvrier. Mais on
ne peut ignorer que majoritairement ils conteste`rent le grand capital
(oligopole, monopole) et l'ultralibe'ralisme en se de'clarant
re'actionnaires, conservateurs et/ou national-populistes. En outre, ils
soutinrent ouvertement les re'gimes fascistes et assimile's, constituant
me^me des fractions d'extre^me-droite. Apre`s-guerre jusqu'aux anne'es 80 en
France, la de'nonciation du grand capital et des grandes surfaces
commerciales s'incarna dans le poujadisme (mouvement proche de
l'extre^me-droite).

Comme il a de'ja` e'te' dit, le libe'ralisme et le protectionnisme ne sont que
des strate'gies a` ge'ome'tries variables de l'exploitation de l'homme par
l'homme. Par corporatisme, les patrons chercheront, pour de'fendre leurs
entreprises, a` enro^ler leurs salarie's mais toujours dans la de'fense de
l'inte're^t patronal, ceux-ci n'allant pas jusqu'a` donner leurs entreprises
a` ces derniers ; mieux, une fois leurs objectifs atteints, ils
redoubleront d'efforts pour continuer a` exploiter davantage. Si des
salarie's pactisent ou sont naifs, instrumentalise's par leurs patrons, nous
devons dire clairement que l'inte're^t commun, fu^t-il de l'entreprise ou
national est un leurre. Celui-ci cimente la ne'gation de la lutte des
classes et nie les inte're^ts irre'me'diables entre les exploite's et les
exploiteurs.

Il appartient aux petits capitalistes de faire leurs choix. Ou bien ils
de'fendent les variantes du capitalisme, ou bien ils rejoignent la lutte
contre celles-ci. Pour l'instant, ils soutiennent leur ide'ologie et leurs
inte're^ts de capitalistes et donc le syste`me de domination qui l'a
engendre'. Que de petits patrons ne rechignent au labeur et soient en
situation pe'rilleuse, cela ne peut les empe^cher de comprendre qu'un monde
meilleur ne peut e^tre que par une socie'te' juste et e'galitaire. A eux de
faire une rupture ide'ologique, tel n'est pas le cas pour l'instant. Ce qui
ne permet pas notre soutien. Si, he'las, peu nombreux, parce que trop
subversifs ou remuants, certains durent cre'er leur entreprise pour
survivre, ils ne de'fendirent jamais le capitalisme et participe`rent aux
luttes de leurs fre`res anticapitalistes.

Le prix du pe'trole un vrai proble`me, la de'fiscalisation (en re'alite' baisse
fiscale) une fausse re'ponse.

En effet, en the'orie, la fiscalite' assure les recettes de l'Etat qui par
la fonction redistributive de l'impo^t permet la protection sociale, soit
par gratuite' ou par aide financie`re (revenu indirect ou socialise'). Or, la
baisse fiscale produit un de'ficit public que les gestionnaires re'duisent
en diminuant le revenu indirect ou socialise'. Telle fut et est encore la
logique des gouvernements. Ce qui fait que re'duire l'impo^t sans poser la
question de la protection des plus de'sargente's consiste a` limiter sa
paupe'risation en augmentant celle des autres. Tel est le leitmotiv de
Sarkozy et, malgre' les apparences, la lutte des petits patrons va dans ce
sens. Rappelons que Le Pen fait de l'antifiscalisme son cliente'lisme
"petit patron". De plus, toute augmentation des prix de vente de la
production se re'percute sur le consommateur. D'apre`s la loi d'Engel, la
part alimentaire dans le budget des me'nages croi^t lorsque les revenus
baissent, les salarie's, y compris ceux qui soutiennent leurs patrons, s'en
mordront les doigts en tant que consommateurs.

Apparaissent d'autres contradictions :

- La baisse du cou^t du carburant augmente la consommation de pe'trole et
par effet celle de la pollution.

- Le productivisme fordiste pousse a` pre'lever davantage dans les
ressources environnementales, entrai^nant leur rare'faction et, la` encore,
de la pollution.

- La hausse des prix des marchandises accentue les ine'galite's de revenu.
En conclusion, toute action conjoncturelle (baisse de TVA) ou sur les
variables d'ajustement (salariales) ne re'sout rien sur le fond : c'est la
structure me^me du capitalisme qui est a` remettre en cause.

Le capitalisme et ses sbires nous emme`nent droit dans le mur : reprenons
le contro^le de nos vie. CONTRE L'ETAT ET LE CAPITAL, GREVE GENERALE, POUR
PAS FINIR A POIL.

Jean Picard - juin 2008.

Paru dans Anarchosyndicalisme n degre's 107
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vendredi 03 octobre 2008 17:01:45 +0000
